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Tinariwen est souvent renvoyé à une image : celle de rebelles touarègues montant à l'assaut une mitraillette à la main et une guitare électrique au dos. Cette image, devenue cliché, le groupe s'en débarrasse avantageusement sur Tassili, son 5ème album. Car s'il y a bien longtemps que ses membres fondateurs ont abandonné les armes, ils opèrent ici une petite révolution esthétique en délaissant l'instrument fétiche qui les a fait connaître, la guitare électrique, pour privilégier les sonorités acoustiques et enregistrer au beau milieu de ce désert qui constitue à la fois leur cadre de vie, le berceau de leur culture et la source de leur inspiration. Un retour à l'essence même de leur art qui paradoxalement ouvre le chemin à d'inattendues et passionnantes rencontres avec des membres du groupe TV On The Radio, Nels Cline (guitariste de Wilco) ou du Dirty Dozen Brass Band.
Il y a du vrai dans ce cliché du musicien-soldat. Dans les années 80, Ibrahim, Abdallah, Hassan, « Japonais » et Kheddou commencent à jouer ensemble dans la région située entre les oasis de Tessalit au Mali et de Tamanrasset en Algérie. Ils animent mariages, baptêmes ou simples soirées entre jeunes. Plus tard, ils passent plusieurs années dans un camp d'entraînement en Libye avant que n'éclate, à la fin des années 80's, la rébellion touarègue, simultanément au Mali et au Niger, qui les conduit sur le terrain de combats dans la partie sud du Sahara. Parallèlement, leurs chansons enregistrées sur des cassettes de fortune servent à diffuser les messages d'un mouvement qui entend promouvoir les droits des populations nomades soumises à l'arbitraire de gouvernements centraux aussi lointains que répressifs. Lorsque les accords de paix sont signés en 1994, leur démobilisation coïncide avec l'accélération de profonds changements dans le mode de vie des populations du désert dont les traditions séculaires sont bousculées par plusieurs années de sécheresse et une sédentarisation forçant nombre de jeunes kel tamasheqs (ceux qui parlent le tamasheq la langue des touarègues) à l'exil. Les Tinariwen deviennent dès lors les porte paroles d'une génération qui voit, à mesure que les récoltes maigrissent, que les troupeaux dépérissent, leur monde s'écrouler.
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